2010-04-24

Mon entrée au Centre Bell

Je reviens de mon spectacle inaugural au Centre Bell. Ginette Reno m'a acc... euh... j'ai accompagné Ginette Reno dans une interprétation de « Somebody To Love » de Queen. Ce faisant, j'ai fait la découverte des dessous moins connus de la vie d'artiste inconnu. J'ai aussi appris quelques secrets de la production d'émissions de télévision de ce genre. Mais ça, je le garde pour une prochaine fois.

C'est quoi la vie d'un inconnu dans le « show-business »? C'est beaucoup d'attente, je peux vous le dire! Je suis arrivé sur le site vers 16 h 30 et j'ai chanté pendant un gros deux minutes vers 23 h 30. Et c'était fini! D'un autre côté, ça me laisse encore 13 minutes de gloire en banque, ce qui n'est peut-être pas une mauvaise chose.

On nous avait avertis que l'attente serait longue et malheureusement, avant de quitter chez moi, j'avais retiré Millénium 2 de mon sac. Je me disais que je n'aurais probablement pas le temps de le lire. J'ai un peu regretté, mais pas trop : ça m'a permis de faire plus ample connaissance avec deux partenaires de chant et de savoir ce qui les passionnait, ce qui les animait dans la vie. Il ne me reste plus qu'à faire la même chose avec les 77 autres choristes!

À part l'attente, qu'est-ce qu'il y avait? Une chose dont je me doutais et qui m'a été confirmée ce soir, c'est que quand tu es invité comme artiste dans un spectacle, tu es invité comme artiste et non comme spectateur. J'avais espoir, j'avoue, que j'aurais pu voir le spectacle, m'approcher d'Annie Villeneuve, des gars de Simple Plan et de Ginette Reno. Ben oui, j'avais même apporté ma caméra dans l'espoir de faire un paparazzi de moi et de pouvoir montrer à tout le monde combien j'étais proche du jet set québécois. Oui, j'aurais fait l'envie de tous mes amis. Finalement, le bide total : nous sommes restés dans un salon à attendre patiemment notre tour, loin des smokings, des talons aiguilles et des décolletés plongeants.

Après avoir attendu si longtemps, je sentais mon énergie diminuer sensiblement à mesure que les minutes s'écoulaient. Je n'étais pas le seul : une de nos collègues s'est même endormie sur une table en utilisant son roman de Patricia Cornwell comme oreiller. Une seule pensée me traversait la tête; je vais bâiller aux corneilles devant deux millions de téléspectateurs! Mais au moment où l'on est venu nous chercher pour notre prestation, un phénomène intéressant s'est produit : la fatigue s'est dissipée et a été remplacée par l'énergie performance. Tout à coup, toute la fatigue de l'attente, la frustration de n'avoir pas pu voir le spectacle et la perspective d'une émeute dans les rues de Montréal dans quatre jours on disparu. Ma seule mission : rehausser la prestation de Ginette Reno par ma présence.

C'est ce que j'ai fait avec 175 autres choristes. Et c'était magique : mille personnes dont le premier ministre du Canada, le premier ministre du Québec et nos athlètes olympiques qui se sont tournés vers nous pour voir d'où provenaient ces voix angéliques.

Ouaip, on était pas pire pantoute!

Pour ceux et celles qui veulent voir de quoi il en retourne, le spectacle sera diffusé sur V à 19 h le samedi 24 avril ou sur CTV à 20 h le samedi 24 avril.

2010-03-30

Un week-end enchanté

Cette semaine j'ai fait mon premier spectacle à grand déploiement avec l'Ensemble vocal Les Enchanteurs. Honnêtement, c'est difficile d'exprimer en mots ce que j'ai vécu ce week-end. Quand j'y pense, je sens un bouillonnement de... quelque chose qui part du plus profond de mon être, mais qui est difficile à définir.

Vendredi c'était la première. Pour être en forme, j'ai fait ce que je fais rarement : une sieste. Bon, enfin, j'ai essayé, mais ça n'a pas été très probant comme tentative. Mais à ma grande surprise, je n'étais pas très nerveux. Un peu de trac, oui, mais pas vraiment d'anxiété. Je crois que je m'étais assez bien préparé pour que l'anxiété disparaisse. Même que dans les derniers moments avant de passer sur scène, au lieu de réviser les paroles et les chorégraphies, j'écoutais du Manu Chao (live) à tue-tête. Je savais ce que j'avais à faire et j'avais hâte de livrer la marchandise.


C'est un sentiment tout autre que de monter sur scène derrière un rideau. On entend la rumeur de la foule, on se demande combien de personnes sont présentes, quel genre de public c'est, etc. Ce n'est pas quelque chose auquel je suis habitué. En général, j'ai le temps de parler au public, de sentir le pouls de la salle et de m'ajuster en conséquence. Là, non seulement je ne voyais pas la foule, mais en plus tout était planifié et il y avait peu de place à l'improvisation.


Quand le rideau s'est ouvert et que les premières notes sont tombées, je crois bien que j'ai manqué de voix. Une chance qu'il y avait 79 autres personnes pour compenser! Finalement, j'étais peut-être plus nerveux que ce que je ressentais... Mais une fois que j'ai commencé à chanter, et non à simplement faire résonner des notes, ça a changé. J'ai commencé à sentir la musique et la foule et la grande famille des Enchanteurs qui m'entourait. Et là, j'ai pu commencer à livrer un spectacle.


Deux heures plus tard, c'était déjà fini. Par contre, toute la fatigue que j'avais ressentie au cours de la journée (et de la semaine) s'était dissipée. Même notre dernier numéro qui me coupait littéralement les jambes lors des pratiques, n'a pas su venir à bout de mon énergie. Si l'on m'avait demandé à ce moment-là de répéter le spectacle en entier, je l'aurais fait. C'est dire à quel point j'étais emballé. Je n'étais pas le seul. La foule a beaucoup aimé également.


J'ai reçu tout un compliment ce jour-là. Un spectateur m'a accosté après le spectacle et m'a dit : « Toi, tu m'as donné le goût de recommencer à chanter. » J'y pense et j'ai encore le sourire aux lèvres,


Samedi, c'était tout autre. Bien que nous avions livré un très bon spectacle vendredi, il y avait quelques détails dans le chant et les chorégraphies qui nous avaient embêtés. On a travaillé ces éléments avant notre prestation. Le mandat était clair : on livre un spectacle sans faille. Est-ce qu'on a réussi? Je ne sais pas si c'était sans faille mais on n'était pas loin! Tout le groupe le savait. Lorsque le rideau est tombé, ce fut une explosion de joie en arrière-scène. Tous les petits bobos qui nous avaient embêtés la veille avaient été réglés. Franchement, on flottait sur un nuage collectif. Ou du moins, c'est ce que moi je ressentais.


Patrick Rozon, notre metteur en scène, nous a raconté la réaction d'un collègue metteur en scène qui était venu nous observer. En bon français, il en était complètement flabbergasté! D'ailleurs, il nous a dit... non je garde ça pour une autre fois.


Mon compliment préféré de samedi m'a été livré par une femme : « Toi tu bouges bien! »


Le dernier spectacle était dimanche. Pour moi, comme pour beaucoup d'autres Enchanteurs, c'était la journée familiale. Comme c'est un spectacle en après-midi, c'est souvent le dimanche que les enfants viennent. C'était le cas pour moi. Je savais que lorsque je serais sur scène, 30 yeux seraient fixés sur moi pendant tout le spectacle. Et il fallait qu'ils me voient, alors... j'y ai mis le paquet! J'ai suivi les conseils de Patrick à la lettre et j'y ai mis tout ce qu'il me restait : l'énergie dans les chansons rythmées, la sensualité dans les chansons chaleureuses, le désespoir dans les moments douloureux.


Après chaque chanson je me disais : « C'était la dernière fois. » C'est un sentiment aigre-doux, à vrai dire. Je ressentais la joie d'avoir finalement livré un spectacle après plus de six mois de travail. Mais je trouvais que trois jours c'était vite passé. De plus, je commençais à m'attacher à ma gang. Une ou deux fois pendant le spectacle, j'ai senti les larmes me monter aux yeux. Tant à cause de ce que je chantais, qu'au bonheur que je ressentais d'être sur scène, que d'avoir ma famille qui me regardait faire tout ça pour la première fois.


Seth Godin écrivait récemment à propos des premières et des dernières. Les premières, dit-il, sont amusantes, excitantes et nous permettent de nous surpasser; les dernières sont plus dures que les premières, mais on s'y habitue. Les dernières ont une connotation de finalité et de fatalité qui leur sont associées. Dimanche, je vivais les deux simultanément.


Mon meilleur compliment de dimanche : la réaction de mes deux filles lorsqu'elles m'ont aperçu lors de ma sortie des coulisses. De la joie et de l'amour sans ambages, sans retenue.


Après avoir défait la scène et rangé le matériel, nous nous sommes rendus dans un petit resto pour fêter cette année de travail. Nous avons mangé, nous avons bu (un peu) et surtout, nous avons chanté! Deux personnes qui n'ont pu assister à notre prestation, pour une raison ou pour une autre, ont eu droit à une mini-représentation qui leur était spécialement dédiée. On a ri, on a revu presque toutes les chansons du spectacle (je crois qu'il n'y en a que deux qu'on n'a pas refaites) et on a cimenté les amitiés.


Le plus beau moment est sans conteste celui où nous avons chanté nos remerciements à notre chorégraphe Geneviève Lauzon et à Patrick, notre metteur en scène. J'ai déjà vécu cette expérience lorsque le chant m'était destiné. C'est tout aussi émouvant lorsque je me trouve de l'autre côté et que je le chante pour quelqu'un d'autre. C'était vraiment magique.


Cet ensemble vocal porte vraiment bien son nom : Les Enchanteurs.

2010-02-21

Café, comptes, coupures et cash

Depuis quelque temps, j'ai pris l'habitude de prendre mon café au même endroit. Je commande toujours la même chose: un café moka, soit un mélange de café espresso et de lait au chocolat. Beaucoup de cafés offrent la même chose, mais je vais à cet établissement en particulier parce que leur mélange est exactement ce que je recherche. Ou du moins, ce l'était.

Auparavant, on faisait le café en prenant un lait au chocolat déjà préparé et on y rajoutait le café. Ce mélange avait comme avantage que ce n'était jamais trop fade, ni trop sucré, ni trop chocolaté. Mais depuis peu, ils ont changé la recette. Au lieu de prendre le lait au chocolat déjà préparé, ils prennent maintenant une poudre de préparation de lait au chocolat. La recette qui jusqu'à présent fonctionnait très bien est devenue imprévisible. Parfois, le café est buvable, parfois il est imbuvable, mais rarement est-il bon. Depuis ces changements, je prends mon café bien moins souvent à cet endroit. Je vais généralement à l'endroit le plus proche, au lieu de faire un détour.

Cette semaine, j'ai fermé un de mes comptes de banque. Pourquoi? Parce que j'avais évalué l'offre de plusieurs banques afin de voir laquelle m'offrait les meilleurs services et les frais afférents les moins élevés. Je m'étais arrêté à la CIBC, car je voulais un compte en dollars américains que j'utiliserais rarement. Leur offre était intéressante : il y avait des frais pour le compte, mais seulement si je faisais des transactions dans le mois. Si je ne faisais rien, je n'avais aucuns frais. J'ai fermé ce compte, car la banque a commencé à charger des frais alors qu'elle n'offrait aucun service supplémentaire et que je ne faisais pas un usage différent de mon compte.

Toyota est en difficulté. La compagnie, qui se targuait d'offrir des voitures de qualité supérieure, est au centre d'un tourbillon de mauvaises nouvelles concernant leurs différents modèles. En effet, plusieurs modèles ont dû être rappelés afin d'effectuer des réparations diverses soit aux pédales d'accélération ou aux pédales de freinage. De plus, il y a des craintes que le système de direction sur certains modèles soit défectueux. Tout cela coûte très cher à Toyota, en frais de rappels et de réparation. Mais à long terme, c'est encore pire. Cela affecte la réputation de la compagnie, la confiance des consommateurs et pour ceux qui ont déjà des véhicules de Toyota, la valeur de revente sera affectée.

Dans les trois cas, c'est la même raison qui est à la base des problèmes que j'ai énoncés : on essaie de faire plus d'argent en n'offrant pas plus de valeur au client. Finalement, cela se retourne contre la compagnie. La poudre de chocolat coûte sûrement moins cher que le chocolat tout fait. Mais pour le client, c'est bien moins bon. La banque fait sûrement plus d'argent en chargeant plus cher pour le même service... sauf si le client cesse d'utiliser ce service. Toyota a tenté de couper ses coûts de production le plus possible. Mais à un certain moment, elle a tellement coupé qu'elle a dû diminuer la qualité des pièces. À court terme, elle a sauvé de l'argent, mais à long terme, cela leur sera très nuisible.

Je suis membre du forum d'Alan Weiss, qui a également été un de mes premiers mentors. Alan nous répète constamment que c'est la valeur qui est intéressante pour un client. Si l'on offre un produit ou un service qui représente assez de valeur pour un client, le coût associé est rarement un facteur.

Un des membres du forum d'Alan a fait le commentaire suivant cette semaine : « Chaque fois que j'ai pris une décision en me basant uniquement sur les considérations monétaires, cela s'est toujours avéré être une mauvaise décision. »

Il disait cela d'un point de vue personnel, mais il va sans dire que la même chose s'applique en entreprise, peu importe le produit ou le service offert.

2010-02-07

Séisme et leadership

Comme beaucoup de gens à travers le monde, j'ai été touché par le séisme en Haïti. En effet, plusieurs membres de ma famille y vivent et tous ont été affectés d'une façon ou d'une autre par le tremblement de terre. Il n'y a pas eu de blessés ni de morts, fort heureusement; les dégâts se limitent au matériel.


Malgré cela, j'ai eu l'opportunité de bénéficier de la générosité des gens qui m'entourent. En particulier, j'ai été approché à deux occasions pour accepter des dons à effectuer auprès d'un organisme de mon choix. Une fois par les membres de mon ensemble vocal (dont j'ai déjà parlé dans le passé) et une autre fois par le professeur de la classe d'un de mes enfants. Grâce à leur générosité, j'ai effectué un don totalisant près de 1000 $ pour aider en Haïti.


Cette générosité ne s'est pas limitée à eux, bien évidemment. L'argent et les dons affluent de partout à travers le monde. La planète entière a été touchée par le sort de ce petit pays de 9 millions d'habitants, le plus pauvre de l'hémisphère nord. Haïti avait déjà beaucoup de difficulté à régler ses problèmes endémiques et le tremblement de terre n'a fait qu'empirer la situation.


Avec l'afflux de dons et d'offres d'aide venant de l'extérieur du pays, il est maintenant envisageable de rebâtir le pays. Ce sera son plus grand défi. Nous sommes actuellement dans la phase critique : on comprend bien les besoins urgents et il est plus facile de les prioriser. D'abord trouver les survivants et sauver les blessés les plus graves, traiter les autres, donner à manger et à boire à tout ce monde. Mais par la suite, que fait-on?


Une fois tout le monde soigné et nourri, où ira l'argent? Comment va-t-on rebâtir? Comment le pays et la capitale (Port-au-Prince) seront-ils changés? Les réponses à ces questions sont fondamentales. Elles détermineront, en grande partie, si les dirigeants feront un bon usage de l'argent et de la bonne volonté du reste du monde. On a beaucoupaidé Haïti dans le passé, mais très souvent, cette aide a été gaspillée. Soit, elle n'a pas été redistribuée à la population, soit elle a été mal utilisée, soit elle a servi à enrichir les gens au pouvoir.


Selon moi, c'est une situation de dernière chance pour le pays, une dernière chance de prouver qu'il est digne de l'aide qu'on lui procure. Ce qui est une crise humanitaire devient petit à petit une crise de leadership. Si elle est bien gérée, le pays en sortira en meilleur état qu'avant le séisme. Sinon... je ne veux pas y penser. Les dirigeants haïtiens peuvent faire preuve d'un leadership que le pays a rarement connu dans ses 200 ans d'histoire. En voici certains aspects, ainsi que leur pendant en entreprise :



  • Être digne de la générosité des autres : ce n'est pas le moment de faillir à la tâche de reconstruction de manière grossière. Oui, le pays a ses failles et ses difficultés, certes on commettra des erreurs, mais il ne faut pas que ce soient des énormités. (Par exemple, que l'argent de l'aide se retrouve mystérieusement dans un coffre anonyme ailleurs dans le monde).

    On peut dire la même chose en entreprise. Les employés sont généralement remplis de bonne volonté et recherchent le succès de l'entreprise. Mais d'une manière ou d'une autre, la compagnie prend des décisions qui contrecarrent ces bonnes dispositions. Par exemple : forcer les gens à faire des heures supplémentaires sans compensation; ne jamais remercier les employés pour leurs efforts, même si cela fait partie de leur description de tâche; ne pas demander l'opinion des employés avant de prendre des décisions importantes qui auront un impact sur leur travail et leur vie, etc. Petit à petit, la motivation des employés diminue jusqu'à ce que l'on soit obligé de les menacer afin qu'ils fassent le travail minimal requis.



  • Augmenter la visibilité des dirigeants : pendant quelque temps immédiatement après le séisme, le président Préval et ses ministres étaient plus difficiles à trouver. Une des rares images du président en disait long : il expliquait à un journaliste de CNN qu'il n'avait plus de palais, plus de maison et qu'il devrait dormir à l'extérieur. Il semblait abattu. Éventuellement lui et son premier ministre, M. Bellerive, ont émergé et ont été plus visibles. Mais au plus fort de la crise, même les Haïtiens en Haïti critiquaient cette invisibilité.

    En entreprise, c'est parfois pareil. Je prends comme exemple le dirigeant de cette compagnie qui, au terme d'une réunion désastreuse avec un client, sentait que la fin était proche. Au lieu de parler à ses employés pour leur expliquer clairement la situation, il s'est plutôt réfugié dans son bureau et a fait preuve d'un mutisme difficile à briser. La trempe du leader est déterminée lors de crises comme celles-ci. C'est le moment où les « suiveurs » se tournent vers le leader. Ils cherchent une direction et un chemin à suivre. Lorsque les leaders disparaissent en période de crise, cela mine leur crédibilité ainsi que le moral des troupes. Pour maintenir la confiance, il faut augmenter la visibilité considérablement.



  • Il faut un plan de contingence : après le séisme, on a réalisé à quel point le gouvernement haïtien était en situation précaire. Le président est devenu sans-abri. Le gouvernement devait siéger dans une petite cour. Pour certains, c'était charmant et sympathique. Mais je me posais la question : dans combien d'autres pays est-ce que l'on assisterait à des scènes pareilles? Très peu, je crois. Malgré tout, le pays et le gouvernement ont survécu, parce que c'est difficile pour un pays de faillir complètement et de disparaître.

    Dans le monde des affaires, bien sûr, cette quasi-certitude n'existe pas. Il suffit de voir combien de grandes banques et de grandes sociétés ont disparu en 2009 seulement. Le plan de succession est un élément clé. Si le président de la compagnie est tué dans un accident, que se passera-t-il? Si le quartier général passe au feu, qu'arrivera-t-il? Est-ce que les assurances couvrent adéquatement les biens de la compagnie? La bonne gouvernance exige que tous ces plans de contingence soient mis en place.



  • La coordination est clé : dans les premiers jours qui ont suivi le tremblement de terre, il y a eu mobilisation immédiate pour venir en aide au peuple haïtien. Les premières journées ont été difficiles au point de vue de la coordination : certains avions contenant des médecins ont dû être détournés; il y avait dédoublement de tâches entre plusieurs organismes, gaspillant ainsi de précieuses ressources. Beaucoup d'aide et de temps ont ainsi été perdus par un manque de coordination entre les diverses priorités.

    Ce manque d'efficacité et de coordination existe en entreprise également. On ne compte plus le nombre de projets qui dédoublent les efforts d'une autre division ou d'une autre équipe de travail. Au niveau des achats aussi : on achète des produits en double ou en triple parce qu'un département ne sait pas qu'un autre département en a un surplus. Lorsqu'une personne de l'extérieur jette un coup d'oeil sur les opérations, elle peut rapidement voir et régler des inefficacités que les dirigeants à l'interne ne voient probablement pas.



  • Ne pas présumer de mauvaises intentions : les Haïtiens partagent leur île avec la République dominicaine. C'est une coexistence relativement pacifique, mais tendue. Les Haïtiens accusent les Dominicains d'être racistes envers eux, certains travailleurs haïtiens sur le sol dominicain sont traités à peine mieux que des esclaves, etc. Malgré tout, les Dominicains apportent une aide inestimable aux Haïtiens. Beaucoup d'aide humanitaire destinée à Haïti transite par les aéroports dominicains, car l'aéroport haïtien ne peut supporter un tel trafic aérien. Pour le moment, les différends qui affectent les deux pays sont mis de côté. Sans cette aide précieuse, Haïti s'engouffrerait dans la désolation la plus totale.

    Une entreprise ne survivra pas longtemps si ses leaders pensent que les clients cherchent constamment à les arnaquer (oui, j'en ai connu), ou que les employés sont des fainéants qui ne veulent qu'être payés à ne rien faire (idem). Sans que cela soit dit à voix haute, ces croyances se transmettent dans le comportement, les interactions et les décisions qui sont prises. En général, on fera peu souvent face à des escrocs. Bien sûr, il y en aura dans toutes les sphères de la société, mais règle générale, les employés, les clients et les fournisseurs sont de bonne foi. Les leaders qui adoptent une attitude en conséquence obtiendront de meilleurs résultats et plus de succès que ceux qui se laissent dominer par la paranoïa.



  • Adapter le leadership aux conditions : je crois que le gouvernement Préval faisait un travail adéquat avant le séisme. Beaucoup de problèmes ont été réglés (principalement au niveau de l'insécurité et de la violence) et les choses étaient en bonne voie. Après le séisme, par contre, son efficacité reste encore à prouver. Dans quelques années, on pourra déterminer si c'était le gouvernement qu'il fallait en situation de crise ou non. Churchill était la bonne personne pour l'Angleterre lorsqu'elle était en guerre; il ne l'était plus une fois la guerre terminée. Un leader de crise n'aura pas les mêmes caractéristiques qu'un leader en temps de paix. Le premier est très directif, donne des ordres et mène au doigt et à l'oeil, car il y a très peu de marge d'erreur. Le second est plus conciliant et peut prendre le temps nécessaire pour obtenir un consensus.

    La même adaptation doit s'effectuer en entreprise. Les caractéristiques de l'entrepreneur qui prend un germe d'idée et la concrétise ne seront pas les mêmes que celui qui doit gérer une entreprise comptant 200 ou 2000 employés et dont la mission première est de plaire aux actionnaires. Ce n'est pas pour rien que beaucoup d'entrepreneurs vendent et quittent l'entreprise qu'ils on créée à la sueur de leur front : le défi initial n'y est simplement plus et ils s'ennuient.



  • Établir une vision et la communiquer : pourquoi un employé doit-il s'affairer à accomplir les tâches qui lui sont assignées? Quel est le but ultime à atteindre? Et surtout qu'est-ce que l'employé en tire? Très souvent, les buts à atteindre sont déterminés en fonction de la compagnie, des dirigeants ou des actionnaires. L'employé, lui, n'est qu'un aspect auxiliaire de la décision. C'est pourtant un élément clé de la productivité : est-ce que l'employé sait ce qu'il doit faire et pourquoi il doit le faire? Il est révolu le temps où le patron donnait des ordres et l'employé suivait sans poser de questions. Les employés recherchent une signification à leur travail. Ils veulent une réponse à la question suivante : pourquoi?

    En Haïti, je ne crois pas que « Pourquoi? » sera une question à laquelle il sera trop difficile de répondre. La question difficile sera plutôt « Quoi? » Que fait-on maintenant? Dans le passé, le pays fonctionnait avec peu de vision. Lorsqu'il y en avait une, elle était tellement polarisée (par exemple, lors du premier mandat d'Aristide) qu'elle devenait indéfendable. Comment les leaders haïtiens (les leaders formels) réussiront-ils à créer une vision unique qui emballera les moins nantis de la société, qui feront le gros du travail, tout en engageant ceux qui contrôlent les ressources et qui financeront en grande partie le travail (les leaders informels)?




Le séisme en Haïti est l'une des pires catastrophes humaines de tous les temps, en termes absolus (près de 200 000 morts) et en termes relatifs (plus de 30 % de la population du pays est affectée). Le sort s'abat sur ce petit pays de la mer des Caraïbes et ces dernières années ont été particulièrement éprouvantes. C'est pourquoi il est encore surprenant de voir les Haïtiens chanter et sourire si peu de temps après un tel événement. Ces chants et ces sourires sont caractéristiques de la résilience haïtienne. Cela me donne espoir que le pays et ses habitants s'en sortiront, encore une fois.


Les leaders haïtiens, eux, détermineront ceci : dans quel état?


© 2010 Laurent Duperval, tous droits réservés

2010-01-07

Cigarette illégale?

Donc si je comprends bien, le gouvernement du Québec veut maintenant interdire l'utilisation de la cigarette dans les autos. La raison : on veut protéger la santé des enfants. Merveilleux! Excellent! Mauvaise idée!

Je ne comprends pas l'acharnement contre les fumeurs de cigarettes. Je crois que l'idée d'interdire de fumer dans les endroits publics en a été une bonne. Je ne suis pas fumeur et je trouvais cela dégueulasse de rentrer chez moi après une soirée et d'empester la cigarette. Depuis cette loi, je trouve les sorties plus agréables que ce soit dans un restaurant ou dans un bar.

Malgré tout, je trouve que cette dernière mesure va trop loin. C'est carrément de l'ingérence dans la vie privée des gens. Quelle est la prochaine étape? Interdire aux gens de fumer dans leur propre maison? Pourquoi pas, tant qu'à y être?

Je ne comprends pas : si le gouvernement tient tant à éliminer la cigarette, pourquoi ne pas carrément la rendre illégale? Ou encore, permettre de créer des fumeries, qui seraient les seuls endroits où quelqu'un aurait le droit de fumer légalement. En fait, si on le fait, cela enrayerait certains problèmes reliés à la cigarette.

Par exemple, moins de pollution : avez-vous déjà remarqué la quantité de déchets produits par les fumeurs dans les rues? Allumettes, mégots, cendre, paquets vides, emballages de cellophane et d'aluminium, etc. En été, c'est franchement dégoûtant, car peu de gens prennent la peine de jeter leurs déchets dans un cendrier ou une poubelle. Avec une fumerie, tout est concentré en un seul endroit.

Également, cela diminuerait les coûts de santé. En effet, personne ne pourrait demeurer dans une fumerie 24 heures par jour. Donc, on fume moins et on diminue les risques de maladie.

Bien sûr, avec moins de consommateurs de cigarettes, les revenus de l'État diminuent? Alors, comment régler cela? En augmentant les taxes? Ben oui! Pourquoi pas? Maintenant que les fumeurs ne peuvent plus fumer, faisons le reste de la population payer pour l'absence de fumeurs!

Si ce n'est pas suffisant, pourquoi ne pas faire les fumeurs payer leurs soins de santé? Si c'est là le problème, qu'on applique la logique des compagnies d'assurances : tu fumes, tu paies.

On ne peut pas faire ça, alors prenons les mesures drastiques : si tu fumes, tu n'as pas le droit d'avoir d'enfants. À ce moment-là, tu peux fumer chez toi, dans ton auto, dans ta piscine, tu peux ventiler la fumée de cigarette par ta thermopompe, etc. Voilà, problème réglé : les enfants ne seront pas menacés par des parents fumeurs.

Bon, j'avoue que c'est un peu gros, mais à force de laisser le gouvernement faire, il entrave sur nos droits et libertés et ces jours-ci, je trouve que cette tendance est trop prononcée. Un moment donné, il faut mettre son pied à terre et dire « Non! »

Je ne fume pas, je n'ai pas l'intention de fumer et lorsque les gens sont dans mon auto ou chez moi, ils n'ont pas le droit de fumer non plus. Mais une fois qu'ils quittent chez moi, qu'ils sont dans leurs « bébelles », ils deviennent responsables de leurs actes et de leurs décisions. Le gouvernement n'a pas à légiférer ce qui se passe dans nos maisons.

2009-12-15

Pub et hockey

J'ai récemment entendu un commentaire intéressant à la radio : on y affirmait que si les publicités disparaissaient à la télévision, ce serait la fin du hockey.

À mon avis, ce ne serait pas la fin du hockey. Il y aurait des impacts, mais ils ne seraient pas de cette nature. En effet, il faut comprendre qui est le public visé par les matchs de hockey.

On a tendance à croire que le client d'une émission de télévision (quelle qu'elle soit) est le téléspectateur. C'est faux : le client est l'annonceur, celui ou celle qui placent une annonce pendant ces blocs de trois minutes qui forcent les spectateurs au Centre Bell à poireauter en attendant que le match reprenne.

C'est embêtant pour les spectateurs sur place et pour les téléspectateurs aussi. Pour que cela change, il faut changer la philosophie de la publicité pendant les matchs.

Que peut-on faire?

Pendant les Olympiques, les matchs de hockey ne sont pas interrompus pour faire jouer de la publicité. Ces matchs peuvent durer 30 à 45 minutes de moins qu'un match de la LNH.

Que fait-on? Certaines années, on passait des annonces quitte à perdre le fil du match. Mais par la suite, les diffuseurs ont commencé à diffuser la publicité et le match simultanément. L'image du match de hockey peut alors être réduite de façon à ne prendre qu'une partie de l'écran et la publicité prend le reste de l'écran. De plus, le son du match est suspendu et c'est le son de la publicité qui joue. Ce n'est pas idéal, mais ça montre qu'il y a moyen de diffuser un match sans nuire aux spectateurs sur place.

Encore mieux, pourquoi ne pas éliminer les publicités au complet? En Europe, les matchs de foot (soccer) ne sont pas interrompus à tout bout de champ pour une publicité. On joue la demie de 45 minutes, on met les publicités pendant la mi-temps puis on reprend.

Pourquoi ça marche? Les équipes ont des commanditaires qui mettent leurs logos sur les gilets des joueurs. Les côtés des stades sont pleins de publicités qui apparaissent sans cesse à la télé, et ce, sans interrompre le rythme du match. De plus, périodiquement, la publicité d'une compagnie est remplacée par celle d'une autre. La publicité y est omniprésente, mais ne nuit pas au spectacle, comme c'est le cas en Amérique du Nord (LNH, LCF, NFL, NBA, etc.).

Pour rendre le « package » sportif plus attrayant pour tous, il est peut-être temps de revoir les pratiques que l'on utilisait au siècle dernier, afin de les moderniser et les adapter aux habitudes de ce siècle (Internet, 6456 canaux au lieu de 4, etc.)



2009-11-26

La formation n'est pas la solution

Je suis parfois approché par des clients potentiels qui cherchent à changer ou à améliorer une situation difficile. Plus souvent qu'autrement, ils veulent envoyer leurs employés à travers des sessions de formation, afin de les « réparer » ou de les « corriger ». Ils espèrent que, ce faisant, les employés « comprendront », s'amélioreront et changeront pour le mieux.

La bonne nouvelle est que ces dirigeants sont sur la bonne voie.

La mauvaise nouvelle, c'est qu'ils utilisent une approche erronée.

Vous pourriez vous demander : « La formation n'est pas la bonne chose à faire ? » Non parce que la plupart des formations ont un effet de courte durée et sont donc inefficaces.

Il y a quatre raisons pour cela :
  • Aucun objectif primordial : les employés sont envoyés en formation, mais ils ne savent pas pourquoi, mis à part qu'il y a un budget pour la formation et qu'il doit être dépensé. On leur dit de suivre un cours, mais il n'y a pas une utilité intrinsèque au cours dans leurs activités quotidiennes.

    Par exemple, quand je livrais des formations sur Microsoft Excel®, j'ai souvent parlé à des gens qui suivaient le cours « car nous utilisons Excel au bureau. » Mais quand je leur demandais ce qu'ils accomplissaient avec cet outil, la réponse était : « Oh, moi je ne l'utilise pas mais d'autres personnes au bureau en font usage. Ils veulent juste que je sois conscient de ce que l'outil peut faire. »

    C'est un gaspillage flagrant d'argent sur deux fronts : l'employeur gaspille son argent en envoyant l'employé à un cours qui lui est inutile pour son emploi. Il est faux de croire que parce que d'autres personnes utilisent un outil, il faut que tout le monde apprenne à l'utiliser. Il suffit aux gens qui ne connaissent pas l'outil d'être en mesure d'exprimer et d'expliquer leurs besoins. Puis, laissez les experts appliquer leurs connaissances pour atteindre l'objectif.

    L'autre gaspillage d'argent est que les employés ne consacrent pas leur temps à faire ce qu'ils devraient faire, mais au contraire, passent un, deux jours ou plus dans un cours qui ne leur sera pas très utile à la longue. Leur productivité est considérablement réduite, en échange d'une légère amélioration après le cours... et encore ! Très probablement, l'employeur ne récupérera jamais son investissement.

  • Pas le bon moment : la formation n'est efficace que si elle est mise en pratique immédiatement. C'est un gaspillage de temps et d'argent si quelqu'un suit un cours parce que « un jour, elle pourrait en avoir besoin. » Pourquoi ? Les études ont montré qu'après quelques jours les gens oublient une grande partie de ce qu'ils apprennent lors d'une session de formation. Il y a même une blague sur le sujet, qui va un peu comme suit : 24 heures après ce cours, vous aurez oublié la moitié de ce que vous avez appris. 48 heures plus tard, vous aurez oublié 50% de ce qui reste. La semaine prochaine à pareille heure, vous aurez oublié que vous aviez assisté à ce cours !

    Il n'est pas toujours facile de faire coïncider la formation avec l'application, mais pour que la formation soit efficace, elle doit être mise à l'épreuve dès que possible après le fait. Plus les participants utilisent leurs nouvelles compétences rapidement, plus ils sont susceptibles d'en faire une habitude quotidienne et de bénéficier de la formation.

  • Pas de suivi : c'est une erreur courante. Les employés sont envoyés à un cours, tout fonctionne bien, ils mettent en application leur formation immédiatement, mais peu après ils reprennent leurs vieilles habitudes. Oui, les vieilles habitudes ont la vie dure et ce n'est pas seulement un cliché!

    Ma femme est membre d'un groupe de travail qui aide les gens à cesser de fumer. Les gens qui assistent à ses ateliers veulent vraiment cesser de fumer. Afin d'atteindre le plus haut taux de succès possible, les participants suivent un programme de formation avant de tenter de cesser de fumer. Puis, ils ont tous une date et une heure précise pour arrêter de fumer : le dimanche soir à minuit. Le lundi matin suivant, ils reçoivent immédiatement l'aide et un suivi pour les aider à passer les premiers jours difficiles. Ce suivi est maintenu pendant quelques semaines, avant qu'ils ne soient laissés à eux-mêmes. Cette approche est la clé de son succès. On pourrait croire que c'est en raison du caractère toxicomanogène du tabac, mais c'est beaucoup plus que cela.

    Les habitudes sont comme une forme de dépendance. Les gens sont habitués à faire les mêmes choses, de la même manière, jour après jour. Briser cette habitude est comme briser une dépendance, aussi légère soit elle. À moins qu'il n'existe de suivi approprié, les employeurs courent le risque de perdre leurs investissements dans la formation parce que les employés recourent à leur comportement antérieur.

  • Les mauvaises personnes sont en formation : il arrive que les employés sont envoyés à des sessions de formation alors que ce serait plutôt aux dirigeants d'y assister. J'ai vu des employés suivre des classes de gestion de la colère alors que leurs employeurs auraient dû participer à un séminaire d'amélioration du milieu de travail, ou une session de formation en leadership affirmatif. Changer la culture d'une entreprise est beaucoup plus difficile que de simplement améliorer les compétences techniques d'un employé. Mais pour gérer ce changement, les employeurs doivent être prêts à commencer au sommet et ensuite seulement, se déplacer dans l'arborescence de l'organisation.
Un de mes mantras est le suivant : la formation n'est pas un événement, c'est un processus. Le processus peut être plus ou moins long, en fonction des objectifs à atteindre. Plus la modification requise est profonde, plus l'approche le sera aussi. Sinon, aussi bien jeter votre argent par les fenêtres de la formation.

© 2009 Laurent Duperval, tous droits réservés