2008-05-10

Remerciez votre médecin de famille

Cette semaine, j'ai (encore) été visiter mon médecin de famille. Vers la fin de notre rencontre nous avons un peu parlé de l'état de la profession. Ce n'est pas gai.

Au Québec, il y a un manque flagrant de médecins. De plus, d'après ce que mon médecin me dit, les cas qu'elle voit sont de plus en plus lourds. Cette semaine, elle a vu un couple dont les deux étaient atteints du cancer et aucun n'avait de médecin de famille. Ils ont vu un spécialiste qui leur a dit qu'ils avaient le cancer, mais leur a dit peu de choses en plus. Résultat? Ils étaient pris au dépourvu, ils ne savaient plus quoi faire et se sont tournés vers mon médecin pour les aider.

Leur cas n'est pas unique. Mon médecin de famille me dit qu'elle n'accepte plus de clientèle à moins que ce soit quelqu'un qui n'a pas de médecin de famille. Si vous en avez un déjà et que vous voulez changer "parce que je ne l'aime pas" ou "parce que c'est un peu loin pour aller le voir," il y des chances qu'elle ne vous accepte pas comme patient.

Elle m'a expliqué que beaucoup de médecins quittent la profession car ils en ont marre de se faire maltraiter par leurs patients et par le gouvernement. Le problème ne semble pas prêt d'être réglé, ce qui laisse croire qu'avec le temps les chose ne vont que dégénérer.

Quels sont les problèmes qui affligent les médecins? Les poursuites frivoles, par exemple. Je croyais que c'était un problème aux États-Unis seulement mais il semble que non. Même le mien a été frappé d'une poursuite (ou du moins, d'une inspection) parce qu'un patient était mécontent de ses commentaires. D'un autre côté, lorsque votre médecin vous dit "Mange moins, fais de l'exercice" et que vous ne le faites pas, pourquoi venir chercher de la sympathie auprès d'elle?

Lorsqu'on devient médecin, c'est pour aider les gens ou pour devenir un Shakespeare des formulaires gouvernementaux? La moindre petite chose qui est différente de la norme doit être appuyée par des formulaires plus longs les uns que les autres. Donc, au lieu de passer du temps à s'occuper des patients et de répondre à leurs besoins, elle doit le passer à remplir des formulaires qui ne sont pas standardisés et qui ne sont pas nécessairement adaptés à la situation. Résultat? Stress, mécontentement et défections.

Cette bureaucratie a un autre effet pervers: cela ne laisse pas le temps aux médecins de parler à leurs patients et de les écouter. On cherche à tout optimiser, à faire le patient passer un minimum de temps avec le médecin. Comme les médecins sont souvent payés à l'acte, leur but est de passer le plus de patients... euh... clients possible afin de générer le plus de revenus possible. On oublie que la médecine, ce n'est pas simplement mécanique. Il y a une grande portion qui est psychologique aussi. L'effet placebo est très important et il est peut être possible de le déclencher et de l'utiliser à bon escient par moments. Mais pour ça, il faut avoir le temps de bien écouter et bien comprendre le patient. Et oui, cela demande du temps... qu'on ne laisse pas à nos médecins.

Ce n'est pas tout. Nous avons limité le nombre de diplômés en médecine afin de diminuer les coûts de formation. C'est bien pour maintenant, mais que se passera-t-il à l'avenir? Nos médecins deviennent de plus en plus vieux et ont de moins en moins d'énergie à consacrer. Ce n'est pas qu'ils ne veulent pas, ils vieillissent: ça vient avec! Nous avons sacrifié le futur afin de faire de petits gains aujourd'hui. Dans les années à venir, on va perdre nos médecins les plus expérimentés. Ce sera une tragédie humaine et sociale si nous ne réussissons pas à les remplacer à temps.

Si vous allez voir un médecin dans les jours qui suivent, peu importe la raison, prenez le temps de les remercier sincèrement après votre rendez-vous. Même si vous avez dû attendre. Même si vous avez trouvé que ça n'a pas duré assez longtemps. Qui sait, peut-être serez vous la personne qui fera en sorte que ce médecin décide de rester un peu plus longtemps dans le système.

Quant à vous Dr. M (je n'ai pas demandé la permission de la nommer), j'aimerais vous remercier d'avoir pris le temps de m'examiner, d'avoir répondu à mes questions et de m'avoir fait les recommandations appropriées. J'apprécie votre écoute et le travail que vous faites pour vos patients.

2008-04-06

Un ministre doit parfois se prendre au sérieux

Dans la même émission de "Tout le monde en parle" il y avait la ministre de l'immigration du Québec, Mme Yolande James. Lorsqu'elle est arrivée sur le plateau, l'animateur Guy A. Lepage lui a demandé: "Est-ce que je vous appelle Mme la ministre, Mme James, Yolande ou Yo?" Elle a répondu "Yo".

Le but de passer à ce genre d'émission est "d'humaniser" les politiciens et de les rapprocher de l'électorat. Je crois également qu'il ne faut pas trop se prendre au sérieux, peu importe notre rôle. Par contre, il y a un certain décorum à maintenir lorsque l'on détient un poste officiel. Cette fois, Mme James a commis une erreur.

"Yo" est une exclamation qui peut être utilisée pour saluer ou pour mettre de l'emphase; elle est surtout utilisée en anglais. En français, surtout au Québec, elle a une connotation assez négative. Elle fait référence à une attitude qualifiée par des vêtements mal seyants et une éloquence moins qu'adéquate. À moins que ce ne soit son vrai nom, ce n'est pas un diminutif qui sied à un personnage du statut de Mme James.

Il ne faut pas se prendre au sérieux, mais il ne faut pas non plus se couvrir de ridicule. Même Guy A. Lepage, qui n'a pas sa langue dans sa poche, semblait pris de court. Pendant son entrevue, il l'a toujours appelée "Yolande", pas "Yo".

Technique vs humain

Ce soir à "Tout le monde en parle", Gilles Duceppe a commenté sur la tragédie des Îles de la Madeleine. Il a commenté (à peu près) ainsi le fait que le gouvernement ne veuille pas entamer un enquête publique sur le drame: "Parfois on oublie qu'il est plus important de regarder le côté humain que de trouver l'erreur technique. Les gens ont besoin de parler et d'entendre parler."

Lorsqu'on parle en public, lorsqu'on parle à quelqu'un de notre travail, on oublie souvent ce principe. On pense que les aspects techniques sont les plus importants et l'on délaisse le côté humain.

Pour pallier:
  • raconter des histoires;
  • utiliser des personnages ou des personnes qui paraissent réalistes;
  • laisser le public s'exprimer, lorsque c'est approprié (ce ne l'est pas toujours);
  • être à l'écoute du public.

2008-02-21

Le don de vie

Pour la première fois, j'ai donné du sang aujourd'hui. C'est un expérience assez intéressante. Longue, par contre. On nous fait remplir un long questionnaire pour tenter de déterminer si l'on peut donner du sang ou nom. Il y a beaucoup de questions sur le VIH, l'usage de drogue, l'homosexualité et les voyages dans les pays étrangers.

Les mêmes questions et mises en gardes sont souvent répétées:
  • Avez-vous fait usage de drogues?
  • Avez-vous eu des relations homosexuelles avec un autre homme depuis 1977?
  • Avez-vous eu des relations sexuelles avec une personne dont vous ne connaissez pas le passé sexuel?
  • Avez-vous déjà payé pour avoir des relations sexuelles?
Les questions se retrouvent sur papier et un des employés d'Héma-Québec nous les repose à voix haute également.

Lors de la dernière étape avant le don de sang, on m'a demandé de confirmer, de façon confidentielle, que je voulais bien donner mon sang et qu'il n'était pas contaminé. Deux questions m'ont surpris:
  • Seriez-vous prêt à donner votre sang à un être cher?
  • Vous sentez-vous contraint à donner du sang?
Contraint? Comment fait-on pour se sentir obligé de donner du sang?

J'y retournerai.

2008-02-13

Toute vérité est-elle bonne à dire?

Connaissez-vous le jeu "Le moment de vérité"? C'est un jeu de la chaîne de télévision Radio-Canada, qui est fort simple: on lance un défi à un concurrent. Cette personne a une semaine pour se pratiquer et elle doit réaliser son défi en studio, devant caméras et public. Un petit jeu bien gentil et bien sympa.

Connaissez-vous le jeu "Moment of Truth"? Même titre, pas aussi gentil comme jeu. Les concurrents jouent pour une chance de remporter $500,000. Le principe? Vous passez un test de polygraphe avant l'émission. Pendant l'émission, vous devez répondre à 21 questions. Si vous dites la vérité, vous vous rapprochez du but final. Si vous mentez, vous perdez tout. Oh! Est-ce que j'ai mentionné que votre époux/épouse, vos parents, vos amis sont assis devant vous à vous regarder et à écouter ce que vous dites?

Je suis tombé sur cette émission par hasard, ce soir. Je regarde très rarement la télévision le soir, car je suis soit absent, soit occupé à faire autre chose. (Mon fils m'a même regardé avec des gros yeux: "Tu regardes la télé la semaine? Tu ne fais jamais ca!") Il faut croire qu'il y avait une bonne raison pour moi de le faire. Je n'ai pas trouvé encore, mais enfin...

Parmi les questions que j'ai entendues ce soir:
  • Avez-vous déjà regardé de la pornographie sans que votre femme ne le sache?
  • Est-ce que vous tromperiez votre femme si vous saviez que vous ne vous feriez pas prendre?
  • En avez-vous voulu à votre mère parce qu'elle s'est habillée en noir le jour de votre mariage?
Ils ont montré quelques questions qui seront posées dans les émissions à venir:
  • Avez-vous déjà été payée pour des relations sexuelles?
  • Est-ce que les grosses femmes vous dégoûtent?
  • Comme caissière de banque, avez-vous déjà été tentée de voler de l'argent dans la caisse?
  • Êtes-vous devenu policier seulement pour plaire à votre père?
J'ai toujours cru que j'étais une personne honnête, qui disait toujours la vérité mais je ne sais pas si je serais capable d'atteindre le cap des $500,000 dans ce jeu. Pas tant parce que je mentirais (en tout cas, j'aime bien le croire) mais parce que je ne vois pas la nécessité de discuter de toutes ces questions personnelles devant un public de plusieurs centaines de milliers de personnes.

Si jamais vous décidez de participer à cette émission (ou son équivalent sur TVA ou TQS) faites-moi savoir. Je vous encouragerai de mon sofa.

Pour vous pratiquer, je vous suggère de jouer à Polémique ou un autre jeu similaire auparavant. Ça risque de faire moins de casse!

2008-02-11

Il n'y a pas que moi dans le monde

Un récent évènement m'a rappelé une situation qui est survenue tôt dans ma carrière professionnelle. Je travaillais à l'époque pour une petite compagnie et l'on m'avait offert la possibilité d'aller travailler pour une plus grande compagnie. Le salaire était plus élevé, les conditions de travail étaient meilleures, et il était plus facile pour moi de me rendre au bureau. J'ai sauté sur l'occasion.

Mon patron de l'époque sentait bien que quelque chose se tramait et m'avait fait promettre de lui dire si j'avais l'intention de trouver un nouvel emploi. Malheureusement pour lui, j'avais déjà eu vent de sa manière de traiter les employés qui décidaient de quitter la compagnie. Je lui ai dit que je l'avertirais si je cherchais un nouvel emploi, mais en mon for intérieur je n'avais aucune intention de le faire.

Je ne lui ai fait connaitre mes intentions que lorsque que j'avais eu une offre officielle pour le nouvel emploi. Lorsque je le lui ai appris, il ne m'a presque pas adressé la parole jusqu'au jour de mon départ.

Ce que j'en ai déduit par la suite était qu'il prenait toute démission comme une insulte personnelle. Au lieu de voir que la personne qui quittait avait grandi et voulait accéder à de nouveaux horizons, il y voyait un acte de traîtrise.

Un autre exemple.

Récemment, un conférencier professionnel avait envoyé un message sur sa liste pour se plaindre de de la façon dont il était traité par une association professionnelle. Il se considérait comme étant LA personne référence par excellence dans son domaine d'expertise. Par contre, lorsque l'association professionnelle cherchait un expert dans son domaine, personne ne l'a approché.

Dans son message où il se plaignait de ses mauvais traitements, il nous posait la question suivante : que pensez-vous de cette situation ? Envoyez-moi vos commentaires. J'ai profité de cette occasion pour lui rappeler à quel point il dénigrait constamment l'association professionnelle et que maintenant, il voulait être approché par cette même association pour offrir ses services. Je lui ai fait savoir que si j'étais à la tête de l'association, jamais je ne l'engagerais parce que je n'avais aucune certitude qu'il ne se retournerait pas contre l'association pendant sa présentation.

Je n'ai jamais eu de réponse.

On vit ce genre de situation quotidiennement. Une personne prend un commentaire anodin comme une insulte personnelle et réagit de façon tout à fait disproportionnée à la situation. Je ne m'en cache pas, je l'ai fait également!

Avec l'âge, avec le temps, je réalise qu'en fin de compte il y a bien peu de choses négatives qui sont dirigées vers moi personnellement. En général, si ça tombe sur moi, c'est une manifestation de l'état d'esprit de la personne avec qui j'interagis.

En lâchant prise et en cessant de croire que tout le monde était contre moi, comme par magie, ce genre de situation a diminué. En tant que conférencier, cette attitude est primordiale. De temps en temps, nous devons essuyer un « non » de la part de clients potentiels; nous faisons un discours que nous pensons excellent mais personne ne réagit; après un discours des auditeurs bien intentionnés mais souvent mal informés nous accostent pour nous faire savoir à quel point tel ou tel élément du discours n'a pas été bien fait.

Il fut un temps où ce genre de commentaire m'auraient ennuyé et je les aurais ruminés pendant longtemps. Maintenant, à moins de vivre une situation personnelle particulièrement difficile, c'est devenu beaucoup plus facile pour moi de sourire et de laisser l'énergie négative à la personne qui en fait usage.

La vie devient trop pénible, autrement!